Publié le 12 mars 2024

Choisir entre le GR R1 et le GR R2 à La Réunion pour 12 jours n’est pas une question de niveau technique, mais une décision stratégique sur la gestion de votre énergie et de votre logistique.

  • Le GR R2 sanctionne lourdement les imprécisions logistiques (eau, nourriture) en raison de ses sections très isolées.
  • Le GR R1 offre plus de souplesse avec des villages et des ravitaillements plus fréquents, permettant une meilleure gestion de l’effort.

Recommandation : Le GR R2 s’adresse au randonneur qui maîtrise non seulement son corps, mais surtout son sac à dos et son planning. Le GR R1 est idéal pour une première grande traversée exigeante mais plus sécurisante.

Face à la carte de La Réunion, le randonneur expérimenté ressent ce mélange familier d’excitation et de questionnement stratégique. Deux sentiers mythiques, le GR R1 et le GR R2, promettent des paysages à couper le souffle, mais imposent un choix. L’idée reçue est simple : le R2 serait « plus dur » et le R1 « plus accessible ». Cette vision est non seulement réductrice, mais elle passe à côté de l’essentiel pour une traversée de 12 jours en autonomie. La véritable question n’est pas « suis-je assez fort ? », mais « ma stratégie de gestion de l’effort est-elle la bonne ? ».

La plupart des guides se concentrent sur le dénivelé et les kilomètres. Or, sur une durée aussi longue, la performance ne dépend pas de la puissance brute, mais de la capacité à préserver ce que l’on pourrait appeler son « capital énergie ». Chaque décision – le poids du sac, le choix d’une étape, la qualité de la récupération – impacte ce capital. Le GR R2 ne punit pas le manque de technique ; il sanctionne l’imprécision logistique et l’incapacité à récupérer efficacement jour après jour. Le GR R1, quant à lui, offre un terrain de jeu tout aussi spectaculaire, mais avec des « soupapes de sécurité » logistiques plus fréquentes.

Cet article n’est pas un simple comparatif. C’est un guide de décision stratégique conçu pour le randonneur autonome. Nous allons décomposer les deux itinéraires non pas en termes de difficulté, mais en termes de gestion des ressources : l’effort physique, la nourriture, l’eau, le sommeil et même l’ambiance des soirées. L’objectif est de vous donner les clés pour choisir le sentier qui correspond non pas à votre niveau, mais à votre philosophie du trek en autonomie.

Pour vous aider à visualiser votre future aventure et à prendre la meilleure décision, nous allons analyser en détail les points critiques de chaque parcours. Ce guide vous fournira des éléments concrets pour bâtir votre itinéraire, anticiper les défis et surtout, profiter pleinement de cette traversée exceptionnelle de l’île intense.

Pourquoi le GR R2 est-il considéré comme plus dur techniquement que le R1 ?

La réputation du GR R2 ne vient pas seulement de ses chiffres impressionnants, mais de la nature même de son terrain. Alors que le GR R1 serpente à travers les cirques sur des sentiers souvent bien entretenus, le R2 est une traversée sauvage qui confronte le randonneur à la géologie brute de l’île. Le défi n’est pas seulement d’encaisser le dénivelé, mais de le gérer sur des surfaces exigeantes et dans un isolement plus marqué. Il s’agit moins d’endurance pure que de résilience technique et logistique.

Concrètement, la difficulté technique du GR R2 se manifeste sur plusieurs plans. D’abord, le terrain volcanique : les scories et les lapillis du Piton de la Fournaise sont extrêmement abrasifs et instables, mettant à rude épreuve les chaussures, les bâtons et les chevilles. Ensuite, l’isolement : certaines sections, comme la traversée de la Plaine des Sables ou du Grand Brûlé, s’étendent sur 8 à 10 heures sans aucun point d’eau ni échappatoire possible. Une erreur de calcul sur sa consommation d’eau ou un pépin physique prend ici une tout autre dimension. C’est là que réside la fameuse « sanction logistique » du R2 : il ne pardonne pas le manque de prévoyance. Avec ses 9 100 mètres de dénivelé positif et négatif sur 143 km, il demande une gestion de l’effort quasi-professionnelle.

Contrairement au GR R1 où un village est souvent accessible en quelques heures, le R2 impose d’être son propre filet de sécurité. Le choix pour le GR R2 doit donc être motivé par une recherche d’engagement total, où l’autonomie n’est pas une option mais une condition de réussite.

Votre plan d’attaque pour le GR R2

  1. Points de contact logistique : Listez précisément les gîtes, les sources d’eau fiables et les rares épiceries. Notez les jours de fermeture et les horaires.
  2. Collecte d’informations terrain : Inventoriez les retours d’expérience récents (blogs, forums) sur l’état des sentiers, notamment les sections techniques comme le Maïdo ou la Plaine des Sables.
  3. Cohérence effort/récupération : Confrontez le dénivelé de chaque étape à vos capacités de récupération. Prévoyez-vous des journées « tampon » ou plus courtes après les grosses étapes ?
  4. Mémorabilité et points de passage : Repérez les sections sans échappatoire possible et assurez-vous que votre équipement (GPS, batterie, eau) est dimensionné pour les passer en toute sécurité.
  5. Plan d’intégration des pauses : Planifiez non seulement où vous dormirez, mais aussi où vous ferez vos pauses déjeuner pour optimiser la charge et la récupération.

Où trouver des épiceries sur le parcours pour ne pas porter 12 jours de nourriture ?

Porter 12 jours de nourriture en autonomie est un fardeau qui peut transformer un trek de rêve en véritable calvaire. Heureusement, même sur les sentiers les plus reculés de La Réunion, une bonne stratégie de ravitaillement permet d’alléger considérablement le sac. La clé est de transformer les « ti-boutiks » (petites épiceries locales) et les villages en alliés logistiques. Cela demande une planification fine, car ces points de ravitaillement sont rares et leurs stocks, limités.

Le cirque de Mafate, cœur isolé de l’île, est paradoxalement un bon exemple de gestion de ravitaillement. Les îlets principaux comme La Nouvelle, Marla ou Grand Place disposent de petites épiceries. N’espérez pas y trouver des produits frais ou un large choix : l’offre se concentre sur l’essentiel pour le randonneur : riz, pâtes, conserves, gâteaux secs, et sodas à des prix majorés (+150% environ) en raison de l’héliportage. Il est crucial de prévoir des espèces, car les terminaux de paiement par carte sont quasi inexistants. Par exemple, à La Nouvelle, la boulangerie de Brian Boyer est une véritable oasis, mais elle est fermée le mercredi. Ces détails logistiques sont fondamentaux.

Intérieur rustique d'une petite épicerie de montagne à Mafate avec étagères de provisions

Une stratégie efficace consiste à segmenter le trek. Partez avec 3 à 4 jours de vivres. Un ravitaillement complet peut être fait à Cilaos (jour 4 environ), qui dispose de supermarchés. Ensuite, vous pouvez compter sur les épiceries de Mafate pour les 4 jours suivants avant d’atteindre Hell-Bourg (GR R1) ou Bourg-Murat (GR R2). Une astuce locale consiste à négocier l’achat de quelques denrées sèches (pâtes, riz) directement auprès des gérants de gîtes, même si vous n’y dormez pas. Ils sont souvent disposés à dépanner un randonneur.

Roche Plate ou Marla : quel îlet privilégier pour une ambiance festive ?

Le soir en trek, deux philosophies s’affrontent : celle de la récupération absolue dans le calme, et celle du partage et de la convivialité, même au prix de quelques heures de sommeil. Dans le cirque de Mafate, le choix entre les îlets de Marla et Roche Plate incarne parfaitement ce dilemme. Votre décision influencera directement la gestion de votre « capital énergie ». La réponse est sans appel : pour une ambiance festive, Marla est le point de ralliement incontesté.

Étude de Cas : Marla, le hub social de Mafate

Le Gîte Chez Jimmy à Marla est devenu une institution. Son bar reste ouvert tard (souvent jusqu’à 23h, une exception à Mafate), et la terrasse devient rapidement un lieu d’échange animé entre randonneurs de tous horizons et locaux. Le week-end, l’ambiance monte d’un cran avec de la musique séga ou maloya, et il n’est pas rare que Jimmy sorte son djembé pour transformer la soirée en fête improvisée. C’est l’endroit idéal pour refaire le monde, partager des expériences de sentier et s’immerger dans une ambiance créole chaleureuse. Les dortoirs, judicieusement placés à l’écart, permettent à ceux qui le souhaitent de trouver le calme.

À l’inverse, Roche Plate offre une expérience radicalement différente, plus contemplative et solitaire. Comme le souligne l’Office de Tourisme de l’Ouest dans son Guide des îlets de Mafate, « Roche Plate offre des airs de bout du monde. C’est l’occasion d’observer un coucher de soleil spectaculaire sur le mur du Maïdo ». L’ambiance y est au repos, à la récupération et à la contemplation des paysages grandioses. Le choix est donc une question de priorité pour votre soirée : énergie sociale ou énergie physique ?

Le tableau suivant résume les différences clés pour vous aider à décider en fonction de votre stratégie de récupération.

Ambiance et stratégie : Marla vs Roche Plate
Critère Marla Roche Plate
Altitude 1 625m 1 100m
Ambiance Festive et animée Contemplative et calme
Points d’intérêt Snack-bar Chez Jimmy, plusieurs bars Vue sur rempart du Maïdo
Accessibilité Carrefour Col Taïbit/Trois Roches Point passage GR R2 principal
Soirées typiques Musique, rencontres, bar jusqu’à 23h Coucher de soleil, calme, récupération

L’erreur de sous-estimer le dénivelé cumulé du Maïdo

Dans l’esprit de nombreux randonneurs, la difficulté se mesure à la montée. C’est une erreur fondamentale à La Réunion, et la descente du Maïdo vers Roche Plate sur le GR R2 en est la plus brutale démonstration. Cette section est souvent décrite comme l’une des plus « cassantes » de toute la traversée, non pas pour son exigence cardiovasculaire, mais pour l’impact implacable sur les muscles et les articulations. La sous-estimer est le meilleur moyen de compromettre les jours suivants.

Le problème n’est pas tant le dénivelé négatif en soi, mais sa concentration et la nature du terrain. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la descente représente -1 200 mètres de dénivelé sur à peine 5 km. C’est un mur. Le sentier est un enchaînement de hautes marches, de roches volcaniques glissantes et d’ornières. Chaque pas est un effort excentrique intense pour les quadriceps, qui freinent le poids du corps et du sac. Sans une préparation spécifique et une technique adaptée, les courbatures du lendemain peuvent être si sévères qu’elles rendent la marche douloureuse, voire impossible.

Gérer cette descente est donc un enjeu stratégique majeur pour préserver son « capital énergie ». Il ne s’agit pas de la subir, mais de l’aborder avec un plan précis. Voici trois stratégies éprouvées par les habitués du Grand Raid :

  • Timing optimal : Ne partez pas du Maïdo avant le lever complet du jour (vers 6h30-7h). L’humidité matinale rend les pierres extrêmement glissantes. Attendre une heure permet au soleil de sécher un peu le sentier, améliorant considérablement l’adhérence.
  • Préparation physique ciblée : Trois semaines avant le départ, intégrez des exercices de renforcement excentrique pour vos quadriceps. Des squats lents en descente ou de la marche en descente sur une pente raide préparent les muscles à ce type d’effort spécifique.
  • Équipement adapté : C’est non-négociable. Des bâtons de marche sont obligatoires pour répartir l’effort et soulager les genoux. Assurez-vous d’utiliser les dragonnes correctement. Des genouillères peuvent être une aide précieuse en préventif. Enfin, des chaussures avec une excellente accroche (type semelle Vibram) sont indispensables.

Étirements ou repos complet : que faire le soir au bivouac pour repartir le lendemain ?

Après une journée de 8 heures de marche et 1500 mètres de dénivelé, l’envie de s’effondrer dans son sac de couchage est forte. Pourtant, ce qui se passe entre la fin de la marche et le sommeil est déterminant pour pouvoir repartir le lendemain. La récupération n’est pas un simple repos passif ; c’est un processus actif. À La Réunion, où les efforts sont intenses et répétitifs, adopter un protocole de récupération est aussi important que bien s’alimenter.

La science du sport et l’expérience des raideurs locaux convergent : il faut combiner plusieurs techniques. Les étirements sont bénéfiques, à condition d’être bien exécutés. On privilégiera des étirements passifs et doux (30 secondes par groupe musculaire), sans chercher la douleur, pour redonner de la longueur aux muscles qui se sont contractés toute la journée. Après une longue descente comme celle du Maïdo, cibler les quadriceps est une priorité. Après une grosse montée comme celle du Piton des Neiges, ce sont les mollets qui demanderont de l’attention. Un auto-massage avec un bâton de marche peut faire des miracles pour dénouer les tensions.

Randonneur pratiquant des étirements au coucher du soleil avec vue sur les montagnes

Une technique redoutablement efficace et naturelle à La Réunion est l’hydrothérapie. Plonger les jambes pendant 10 à 15 minutes dans l’un des nombreux bassins d’eau fraîche (autour de 15-18°C) des cirques a un effet vasoconstricteur qui réduit l’inflammation musculaire et accélère la récupération. C’est le secret de nombreux coureurs du Grand Raid. Mais la récupération est aussi mentale. Le soir, prendre 5 minutes pour déconnecter du « mode performance » est essentiel. Une routine simple peut consister à pratiquer une respiration carrée pour calmer le système nerveux, noter trois moments positifs de la journée pour renforcer le moral, et prendre le temps d’écouter les sons de la nature environnante, comme le chant de l’oiseau endémique, le tuit-tuit.

Pourquoi l’électricité est-elle coupée à 22h dans la plupart des gîtes ?

Pour le randonneur habitué au confort moderne, la coupure d’électricité à 22h dans les gîtes de Mafate peut surprendre. Loin d’être un caprice, cette règle est la conséquence directe de la réalité géographique et énergétique du cirque. Comprendre cette contrainte permet de mieux s’y adapter et d’intégrer la gestion de ses appareils électroniques à sa stratégie de trek.

Le système énergétique autonome des gîtes de Mafate

Le cirque de Mafate n’est pas raccordé au réseau électrique de l’île. Chaque gîte, chaque maison, est une micro-centrale énergétique autonome. Historiquement, l’énergie provenait de groupes électrogènes bruyants et polluants. Aujourd’hui, la quasi-totalité des infrastructures fonctionne grâce à des panneaux solaires couplés à des parcs de batteries. L’énergie produite durant la journée est stockée pour alimenter les lumières et les quelques prises disponibles le soir. La coupure générale à 22h est une mesure de bon sens pour préserver l’énergie stockée, garantir l’alimentation pour les besoins essentiels du lendemain matin (cuisine, communication) et limiter la pollution lumineuse et sonore, en phase avec le rythme de vie montagnard.

Cette réalité impose une discipline au randonneur. La fenêtre de 18h à 22h devient le créneau stratégique pour recharger tous ses appareils. La compétition pour les rares prises électriques peut être rude. Il est donc impératif d’optimiser cette charge. Voici une checklist pratique :

  • Priorisation de la charge : Identifiez vos appareils critiques (GPS, téléphone pour la sécurité, frontale) et chargez-les en premier.
  • Batterie externe : Une batterie externe d’au moins 20 000 mAh est indispensable. Elle vous offre 4 à 5 jours d’autonomie et vous libère du stress de la prise électrique le soir. Chargez-la en priorité dès que vous le pouvez.
  • Panneau solaire portable : Pour une autonomie complète, notamment sur le GR R2, un petit panneau solaire de 20W accroché au sac à dos permet de recharger votre batterie externe tout en marchant. C’est la solution reine pour une tranquillité d’esprit totale.

Rivière des Galets ou Col des Bœufs : quel accès est le plus facile pour les familles ?

Bien que votre trek soit une aventure en solo ou entre adultes expérimentés, la question de l’accès à Mafate est pertinente, que ce soit pour organiser un point de rendez-vous ou simplement pour la culture générale du lieu. Pour une entrée en matière dans le cirque, notamment avec des personnes moins aguerries ou des enfants, le choix de l’itinéraire est crucial. Entre l’accès par la Rivière des Galets et celui par le Col des Bœufs, il n’y a pas de débat : le Col des Bœufs est infiniment plus facile et spectaculaire.

L’accès par la Rivière des Galets implique une longue et monotone piste en 4×4 (payant, environ 30€ A/R par personne) avant même de commencer à marcher. La randonnée qui suit est une montée exigeante de près de 3 heures avec un dénivelé positif de +600m. De plus, cet accès peut être fermé en cas de montée des eaux, ajoutant un facteur d’incertitude. Pour une famille, c’est une entrée en matière ardue et peu ludique.

À l’opposé, l’accès par le Col des Bœufs est une véritable porte d’entrée magique sur Mafate. Après avoir laissé son véhicule sur un parking surveillé (payant), la vue est immédiate et plongeante sur le cirque. C’est un « effet waouh » garanti. La descente vers La Nouvelle est douce (-300m), ludique et prend environ 1h30 à 2h. L’Office de Tourisme de l’Ouest le décrit parfaitement : « Col des Bœufs offre une entrée ‘magique’ dans Mafate avec une vue plongeante immédiate sur le cirque. La descente est ludique pour les enfants ».

Ce tableau comparatif, basé sur les informations de l’Office de Tourisme de l’Ouest, synthétise les raisons de ce choix.

Comparaison des accès familiaux à Mafate
Critère Col des Bœufs Rivière des Galets
Accès véhicule Parking surveillé payant direct 4×4 nécessaire (30€/pers A/R)
Durée marche 1h30-2h descente douce 2h30-3h montée exigeante
Dénivelé -300m facile +600m difficile
Intérêt enfants Vue plongeante immédiate, ludique Piste monotone et poussiéreuse
Sécurité Prévisible toute l’année Fermé si montée des eaux

À retenir

  • Le choix GR R1/R2 est avant tout un choix de stratégie logistique. Le R2 demande une précision absolue, le R1 pardonne plus facilement les imprévus.
  • Votre autonomie ne se limite pas à la nourriture. Elle est aussi énergétique (recharge des appareils) et physique (qualité de la récupération active).
  • Chaque décision sur le sentier (choix d’un îlet pour la nuit, gestion d’une descente) doit être prise en fonction de son impact sur votre « capital énergie » global.

Déchets dans Mafate : pourquoi vous devez impérativement remonter vos poubelles au retour ?

Terminer un trek aussi magnifique que la traversée de La Réunion par une réflexion sur les déchets peut sembler trivial, mais c’est en réalité le point d’orgue de l’éthique du randonneur. Dans un écosystème aussi unique et isolé que le cirque de Mafate, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, la gestion des déchets n’est pas une option, c’est une responsabilité absolue. La règle est simple et non-négociable : tout ce qui rentre dans votre sac doit en ressortir.

L’argument est d’abord économique et écologique. Il n’y a pas de ramassage de poubelles à Mafate. Chaque déchet que vous laissez derrière vous, même dans une poubelle de gîte, devra être évacué par hélicoptère. C’est un processus extrêmement coûteux pour la collectivité et une source de pollution sonore et carbonée absurde. Il faut avoir en tête que, selon les estimations, chaque déchet laissé à Mafate coûte plusieurs euros à la collectivité pour son évacuation. Abandonner ses déchets revient à faire payer son incivilité aux habitants et à l’environnement.

Au-delà du coût, il y a l’impact sur un écosystème fragile. Même les déchets biodégradables, comme les épluchures de fruits, ne doivent pas être jetés dans la nature. Ils n’appartiennent pas à l’écosystème local, peuvent attirer des espèces invasives (comme les rats) et mettent des mois, voire des années, à se décomposer en altitude. Adopter une démarche « zéro déchet » n’est pas compliqué, c’est une question d’organisation :

  • Avant de partir : Déballez un maximum de nourriture. Transférez les pâtes, le riz, les fruits secs dans des sachets réutilisables. Cela réduit drastiquement le volume et le poids des emballages.
  • Pendant le trek : Ayez un grand sac poubelle solide et étanche dédié à cette mission. Compactez vos déchets au fur et à mesure. Rincez vos conserves avec l’eau de vaisselle pour éviter les odeurs.
  • Au retour : Ramenez l’intégralité de vos déchets jusqu’à la première poubelle de la « civilisation ». C’est le dernier effort du trek, et le plus honorable.

Maintenant que vous détenez toutes les clés stratégiques pour différencier le GR R1 du GR R2, le choix vous appartient. Il ne s’agit plus de deviner mais de décider en conscience. Évaluez votre appétence pour la gestion logistique fine, votre besoin de flexibilité et votre définition personnelle de l’aventure. Quelle que soit votre décision, l’île de La Réunion vous offrira une expérience inoubliable. Il est temps de tracer votre propre itinéraire.

Rédigé par Mickaël Grondin, Guide de Haute Montagne diplômé d'État et spécialiste du trail à La Réunion. 15 ans d'expérience dans l'accompagnement de randonneurs sur les sentiers techniques et volcaniques de l'île. Finisher de la Diagonale des Fous.