Publié le 15 mars 2024

En résumé :

  • L’hiver austral (mai-octobre) n’est pas juste « idéal », c’est la seule fenêtre de tir réaliste pour un trek en raison de la saison des pluies impraticable le reste de l’année.
  • La fiabilité de cette saison « sèche » est un leurre : elle cache des dangers comme le gel en altitude, des journées très courtes et des averses tropicales soudaines.
  • Le succès de votre traversée ne dépend pas du choix de la saison, mais de votre préparation spécifique aux paradoxes météorologiques de l’île.
  • Le choix entre le GR R1 et le GR R2 pour une première n’est pas une question d’envie mais d’évaluation honnête de votre expérience en autonomie.

L’image d’Épinal de La Réunion est tenace : une île tropicale baignée de chaleur, où le short et le t-shirt sont de rigueur. Pour le touriste qui reste sur le littoral, c’est une réalité. Mais pour vous, randonneur aguerri qui ambitionnez une traversée de plusieurs jours, cette vision est un piège dangereux. Vous savez que la montagne a ses propres règles, et à La Réunion, ces règles sont extrêmes. Le consensus est unanime : pour randonner, il faut privilégier l’hiver austral, de mai à octobre. C’est la fameuse « saison sèche », le conseil de base que l’on trouve dans tous les guides.

Pourtant, se contenter de cette information est la première erreur. Car cette saison sèche est loin d’être un long fleuve tranquille. Partir en se disant qu’il fera « beau » est le meilleur moyen de transformer un trek de rêve en épreuve logistique, voire en situation à risque. La véritable question n’est pas de savoir *si* il faut partir en hiver austral, car c’est la seule option viable. La vraie question est de savoir *comment* survivre à ses paradoxes. Car si la saison cyclonique rend les sentiers impraticables et dangereux de novembre à avril, l’hiver austral impose ses propres défis : le gel nocturne à 2000 mètres, des journées qui s’achèvent brutalement à 17h30, et un brouillard qui peut vous envelopper en moins d’une heure.

Ce guide n’est pas un énième plaidoyer pour l’hiver austral. C’est un manuel de lucidité. En tant qu’organisateur de treks sur l’île, mon objectif est de vous armer non pas contre la pluie, mais contre la naïveté. Nous allons décortiquer ensemble, point par point, pourquoi la fiabilité de cette saison est conditionnelle et comment transformer ses contraintes en atouts pour une traversée réussie, en toute sécurité.

Pour vous aider à naviguer à travers les spécificités de cette saison unique, nous allons aborder les points stratégiques de votre préparation. De la compréhension des phénomènes météo à l’optimisation de votre logistique, chaque section est conçue pour vous donner une vision claire et pragmatique de ce qui vous attend.

Pourquoi peut-il geler à la Plaine des Sables même sous les tropiques ?

C’est le paradoxe tropical qui surprend le plus de randonneurs. Comment peut-on avoir du gel sur une île où la température de la mer descend rarement sous les 22°C ? La réponse tient en deux mots : altitude et rayonnement. La Plaine des Sables, comme les hauts sommets de l’île (Piton des Neiges, Maïdo), se situe à plus de 2000 mètres. À cette altitude, l’air est plus sec et moins dense. Durant les nuits claires et sans vent de l’hiver austral, la chaleur accumulée par le sol volcanique durant la journée se dissipe très rapidement dans l’atmosphère. Ce phénomène de rayonnement thermique fait chuter la température de manière spectaculaire.

Il n’est donc pas rare que le thermomètre flirte avec le zéro. En effet, les relevés confirment des températures moyennes de 2 à 4°C sur les sommets en hiver, avec des températures négatives fréquentes la nuit. Ce n’est pas une simple fraîcheur, mais un véritable froid qui peut transformer la rosée en givre sur votre tente ou rendre les roches volcaniques glissantes comme du verglas au petit matin. L’épisode de juillet 2020, où la Plaine des Chicots a connu quatre nuits consécutives de gel avec des pointes à -1,7°C, n’est pas une exception mais une illustration de la norme en haute altitude.

Ignorer ce facteur, c’est s’exposer à un risque d’hypothermie, surtout si votre équipement de couchage n’est pas adapté. La clé est d’anticiper ce « choc » thermique en prévoyant systématiquement des couches chaudes pour les soirées en gîte ou les nuits en bivouac, même si la journée a été chaude et ensoleillée. La polaire, le bonnet et des gants légers ne sont pas des options, mais des éléments de sécurité essentiels dans votre sac.

Comment adapter vos étapes de marche aux journées qui finissent à 17h30 ?

Le deuxième piège de l’hiver austral est la durée des jours. Située dans l’hémisphère sud, La Réunion connaît ses jours les plus courts en juin et juillet. Le soleil se lève vers 6h30-7h00 mais, plus important encore, il disparaît derrière les remparts vertigineux bien avant son coucher officiel. La nuit tombe vite, très vite. Oubliez les longues soirées d’été métropolitaines : ici, à 17h30 environ en juin-juillet, il fait nuit noire dans les cirques.

Cette contrainte de temps n’est pas un détail, elle doit dicter toute votre planification. Une étape de 6 heures de marche ne signifie pas que vous pouvez partir à 10h et arriver à 16h. Partir tard, c’est prendre le risque de finir les derniers kilomètres à la frontale, sur des sentiers qui peuvent être techniques et glissants. C’est la garantie d’une arrivée stressante au gîte, sans pouvoir profiter du paysage et du repos bien mérité. La règle d’or est simple : levez-vous avec le soleil, marchez avec le soleil, arrivez avant que le soleil ne se cache. Un départ à 7h du matin est une nécessité, pas une option pour les plus courageux.

Gîte de montagne créole au coucher du soleil avec randonneurs sur la terrasse

Cette « fenêtre de marche » réduite vous oblige à être plus réaliste sur la longueur de vos étapes. Il est préférable de prévoir une étape plus courte et d’arriver au gîte en milieu d’après-midi, que de viser trop long et de se faire surprendre par l’obscurité. Cela vous laissera le temps de vous installer, de prendre une douche (souvent fraîche !), de faire sécher vos affaires et surtout, de savourer le moment magique où les dernières lueurs du jour éclairent les crêtes. Adapter son rythme à celui du soleil, c’est la première marque de respect envers la montagne réunionnaise.

Mai ou Octobre : quel mois offre la meilleure visibilité sur les cirques ?

Choisir son mois au sein de l’hiver austral est une question d’arbitrage. Les deux extrêmes de la saison, mai et octobre, présentent des avantages et des inconvénients bien distincts, notamment en termes de visibilité et de conditions de terrain. Affirmer que l’un est universellement meilleur que l’autre serait une erreur. Le choix dépend de vos priorités : la luxuriance des paysages ou la stabilité des conditions.

Le tableau suivant synthétise les différences fondamentales entre ces deux périodes clés pour vous aider à prendre la décision la plus éclairée pour votre trek. Il ne s’agit pas seulement de météo, mais aussi de l’état des sentiers et de la logistique des réservations.

Comparaison Mai vs Octobre pour la randonnée à La Réunion
Critère Mai Octobre
État des sentiers Encore boueux post-saison des pluies Secs et stables
Paysages Végétation luxuriante, cascades abondantes Plus secs mais excellente visibilité
Météo Queues de fronts pluvieux possibles Premiers orages d’après-midi
Fréquentation Moyenne saison, gîtes disponibles Pic de Toussaint, réserver 4-6 mois à l’avance
Températures moyennes 20-25°C sur la côte 22-26°C sur la côte

L’analyse est claire : Mai offre des paysages d’une beauté époustouflante. La saison des pluies vient de se terminer, la végétation est d’un vert intense et les cascades sont à leur débit maximal. Cependant, cette abondance d’eau signifie aussi des sentiers potentiellement boueux et glissants, et le risque de « queues de cyclone » ou de fronts froids tardifs n’est pas nul. Octobre, à l’inverse, est le mois de la visibilité par excellence. L’atmosphère est généralement très sèche, offrant des panoramas dégagés sur les cirques et le littoral. Les sentiers sont secs et stables, ce qui est un avantage considérable en termes de sécurité et de confort. Le revers de la médaille est une fréquentation touristique à son apogée (vacances de la Toussaint), ce qui impose de réserver les gîtes 4 à 6 mois à l’avance. C’est aussi le mois où les premiers orages de fin de journée, annonciateurs de la prochaine saison des pluies, peuvent faire leur apparition.

En conclusion, pour un randonneur qui privilégie la sécurité des sentiers et la probabilité d’avoir une vue dégagée depuis les sommets, octobre est techniquement supérieur. Mais cela se paie par une logistique de réservation beaucoup plus contraignante. Mai est un compromis pour ceux qui recherchent la splendeur brute de la nature post-pluies et une plus grande flexibilité.

L’erreur de partir en short au Maïdo à 5h du matin

C’est un classique, une scène vue et revue au parking du Maïdo : des touristes en short et t-shirt, claquant des dents en attendant un lever de soleil qu’ils imaginent sous une chaleur tropicale. Cette erreur illustre une méconnaissance profonde du gradient thermique extrême de l’île. Partir du littoral où il fait 25°C ne signifie pas qu’il fera la même température à 2200 mètres d’altitude avant l’aube. L’amplitude thermique peut dépasser les 20°C en quelques heures et quelques kilomètres.

Les relevés météorologiques sont formels : des températures de moins de 5°C dans les hauts sont courantes, avec des extrêmes qui peuvent descendre bien en dessous de zéro. Subir ce choc thermique n’est pas seulement inconfortable, c’est épuisant pour l’organisme avant même d’avoir commencé à marcher. Le corps dépense une énergie folle à lutter contre le froid, une énergie qui vous manquera cruellement plus tard dans la journée.

La seule solution pragmatique est d’adopter le système des trois couches, une technique bien connue des montagnards. C’est un principe simple mais d’une efficacité redoutable pour gérer les variations de température et l’effort physique.

Randonneur ajustant ses couches de vêtements au lever du soleil sur un sentier volcanique

Le principe est le suivant :

  1. Couche de base : Un sous-vêtement technique (synthétique ou laine mérinos) qui évacue la transpiration pour rester au sec. C’est la clé pour ne pas avoir froid dès que vous faites une pause.
  2. Couche intermédiaire : Une polaire ou une micro-doudoune qui isole et conserve la chaleur corporelle.
  3. Couche extérieure : Une veste coupe-vent et déperlante (ou imperméable) qui protège des éléments extérieurs.

Cette modularité permet de s’adapter en temps réel : on porte les trois couches au départ dans le froid matinal, on retire la couche extérieure dès que le vent se calme, puis la couche intermédiaire pendant l’effort le plus intense. Partir en short, c’est se priver de toute possibilité d’adaptation.

Billet d’avion : quand acheter pour un départ en août et économiser 200 € ?

La question du billet d’avion est souvent le premier poste de dépense et de stress dans la préparation d’un trek à La Réunion. Les prix peuvent varier du simple au triple selon la période de réservation et les dates de voyage. L’hiver austral, étant la haute saison touristique, est logiquement la période la plus chère. Penser pouvoir trouver un billet à bon prix deux mois avant un départ en août est une illusion qui peut coûter cher.

Les statistiques de prix sont sans appel. Une analyse de 64 558 vols des années précédentes montre qu’un billet Paris-Réunion coûte en moyenne 1162€ en août, alors qu’il peut être trouvé autour de 550€ en mars. Soit plus du double ! Attendre le dernier moment, c’est s’assurer de payer le prix fort. L’anticipation est donc votre meilleur allié pour maîtriser votre budget. La règle générale est simple : plus vous réservez tôt, moins vous payez cher.

Pour un départ en haute saison (juillet-août), l’idéal est de s’y prendre 6 à 7 mois à l’avance. C’est à ce moment-là que vous aurez le plus de chances de trouver des tarifs avoisinant les 700-800€, ce qui représente déjà une économie substantielle. Au-delà de l’anticipation, quelques astuces permettent d’optimiser encore le coût de votre billet.

Votre plan d’action pour un billet d’avion au juste prix

  1. Anticipez au maximum : Pour un départ en juillet/août, commencez vos recherches et réservez votre billet entre janvier et février, soit 6 à 7 mois avant.
  2. Jouez sur les jours : Privilégiez un départ en milieu de semaine (mardi ou mercredi) et un retour également en milieu de semaine. Les vols du week-end sont systématiquement plus chers.
  3. Utilisez des comparateurs : Comparez systématiquement les offres des différentes compagnies qui desservent La Réunion depuis Paris (Air Austral, French Bee, Corsair) via un comparateur de vols.
  4. Évitez le pic absolu : Si possible, décalez votre voyage pour éviter la période la plus critique, généralement située entre le 10 juillet et le 20 août. Partir fin juin ou début septembre peut faire une différence notable.
  5. Soyez flexible : Parfois, décaler son départ ou son retour d’un ou deux jours peut entraîner une baisse de prix significative. Testez plusieurs combinaisons de dates.

Poncho ou veste technique : lequel résiste vraiment à une averse tropicale ?

C’est le débat éternel du randonneur : faut-il investir dans une veste technique coûteuse ou se contenter d’un simple poncho ? À La Réunion, la question est encore plus pertinente. Une averse tropicale, même en saison sèche, n’a rien à voir avec un crachin breton. C’est un mur d’eau, bref mais intense, qui peut vous tremper jusqu’aux os en moins de cinq minutes. Face à ce phénomène, aucun des deux équipements, pris isolément, n’est la solution parfaite.

La veste technique (type Gore-Tex) est excellente contre le vent et une pluie fine et continue. Elle est respirante et confortable pour marcher. Cependant, face à la violence d’un « grain » tropical, même la meilleure des membranes finit par saturer. L’eau perle, puis pénètre, et l’effet « sauna » sous l’effort intense est quasi inévitable. Le poncho, lui, offre une protection absolue contre le déluge. Il est ultraléger, peu coûteux et couvre aussi le sac à dos. Son défaut majeur est sa prise au vent catastrophique. Sur une crête exposée, il se transforme en voile et peut devenir réellement dangereux en vous déséquilibrant.

Pour faire le bon choix, il faut comprendre leurs domaines d’application respectifs, qui sont presque opposés.

Poncho vs Veste technique pour la randonnée tropicale
Critère Poncho Veste Gore-Tex
Protection pluie courte/violente Excellente (protège aussi le sac) Bonne mais sature vite
Résistance au vent Très mauvaise (prise au vent) Excellente
Poids Ultra-léger (<200g) Plus lourd (300-500g)
Respirabilité Bonne ventilation Effet sauna sous effort intense
Usage recommandé Averses soudaines en forêt Crêtes exposées, pluie fine continue

La solution pragmatique, adoptée par la plupart des guides et randonneurs expérimentés à La Réunion, n’est pas de choisir mais de combiner intelligemment. L’équipement idéal consiste en une veste légère, coupe-vent et déperlante pour la marche de tous les jours. Elle vous protégera du vent sur les crêtes et d’une petite bruine. Dans le fond du sac, on garde un sur-poncho ultraléger, qui ne sortira qu’en cas d’averse tropicale violente et soudaine. Cette combinaison offre le meilleur des deux mondes : la polyvalence et le confort de la veste, et la protection absolue du poncho en cas d’urgence, le tout pour un poids maîtrisé. N’oubliez jamais le sur-pantalon de pluie, tout aussi essentiel pour éviter l’hypothermie.

L’erreur de monter un jour de brouillard : comment anticiper la visibilité à 2000m ?

Rien n’est plus frustrant que de marcher des heures pour atteindre un point de vue mythique, comme le Maïdo ou le sommet du Grand Bénare, et de se retrouver face à un mur blanc. Le brouillard, ou plus exactement la mer de nuages qui monte depuis la côte, est un phénomène quasi-quotidien en hiver austral. L’erreur n’est pas de « tomber » dans le brouillard, mais de ne pas l’avoir anticipé. Car sa formation est très prévisible.

Le mécanisme est simple : le soleil chauffe l’océan et les basses pentes, créant de l’humidité. Cet air chaud et humide, plus léger, s’élève le long des remparts au fil de la matinée. En montant, il se refroidit et se condense, formant une couche de nuages qui envahit les cirques et les sommets. La probabilité de brouillard est quasi-nulle avant 9h du matin, mais elle augmente de façon exponentielle après 11h. Tenter une ascension vers un sommet en partant à 10h est donc un pari très risqué.

Heureusement, il existe aujourd’hui des outils simples et efficaces pour anticiper la visibilité et ne pas monter pour rien. Une discipline de vérification matinale doit faire partie de votre routine de trekkeur.

  • Consulter les webcams : C’est l’outil le plus fiable. De nombreuses webcams sont installées sur les points stratégiques de l’île (Maïdo, Pas de Bellecombe-Fouqué). Un simple coup d’œil à 6h du matin sur votre smartphone vous donnera une idée précise et en temps réel de la visibilité en altitude.
  • Observer le ciel : Si, au lever du jour, le ciel est d’un bleu profond et pur, c’est excellent signe. S’il est d’un blanc laiteux, même sans nuage visible, méfiance. Cela indique une forte humidité en altitude, et les nuages se formeront très vite.
  • Utiliser des applications météo : Des applications comme Windy permettent de visualiser la couverture nuageuse à différentes altitudes. C’est un excellent complément aux webcams pour confirmer une tendance.

La règle d’or reste la même que pour la durée du jour : partir tôt. Un départ avant 7h vous garantit presque toujours plusieurs heures de visibilité parfaite sur les sommets. Avoir un plan B (une randonnée en basse altitude comme le sentier littoral ou une balade en forêt de Bélouve) est aussi une preuve d’intelligence face aux caprices de la météo.

À retenir

  • La « saison sèche » est une notion relative : préparez-vous au froid, au gel et à des averses violentes en altitude.
  • Votre horloge biologique doit s’adapter au soleil : départ à l’aube et arrivée au gîte en milieu d’après-midi sont non-négociables.
  • L’équipement est la clé : le système 3 couches et le combo veste/poncho ne sont pas du luxe mais des nécessités pour votre sécurité et votre confort.

GR R1 ou R2 : lequel choisir pour une première traversée de 12 jours en autonomie ?

C’est la question finale, celle qui concrétise le projet de traversée : quel sentier choisir ? La Réunion offre trois sentiers de Grande Randonnée, mais les plus emblématiques pour une traversée sont le GR R1 (Tour du Piton des Neiges) et le GR R2 (qui traverse l’île du nord au sud). Pour un randonneur expérimenté mais qui effectue sa première traversée en autonomie à La Réunion, le choix ne doit pas se baser uniquement sur l’attrait des paysages, mais sur une évaluation honnête de la difficulté et de l’engagement requis.

Le GR R2 est souvent présenté comme le « graal » du trekkeur à La Réunion. Et pour cause : ses 130 km et plus de 10 000 mètres de dénivelé positif offrent une aventure exceptionnelle à travers des paysages d’une diversité unique au monde. Mais cette performance a un coût : c’est un sentier extrêmement exigeant, physiquement et mentalement, avec des étapes longues et des gîtes plus espacés, nécessitant parfois des nuits en bivouac. Le GR R1, bien que plus court, ne doit pas être sous-estimé. Il représente une boucle de 60 km autour du plus haut sommet de l’île, avec un dénivelé déjà conséquent.

Le tableau suivant met en lumière les différences objectives entre les deux parcours pour vous aider à faire un choix lucide.

Comparaison détaillée GR R1 vs GR R2
Caractéristique GR R1 GR R2
Distance totale 60 km 130 km
Dénivelé positif 4000m 10000m+
Durée moyenne 5-7 jours 10-14 jours
Type de parcours Boucle autour Piton des Neiges Traversée nord-sud de l’île
Niveau difficulté Modéré à difficile Difficile à très difficile
Gîtes disponibles Plus nombreux et rapprochés Plus espacés, bivouac nécessaire

Pour une première expérience de 12 jours en autonomie, la sagesse commande souvent de se tourner vers le GR R1, éventuellement complété par quelques jours de randonnée à la journée dans une autre région. Il permet de se confronter au terrain réunionnais, de tester son matériel et sa condition physique sur plusieurs jours, tout en bénéficiant d’un « filet de sécurité » avec des gîtes plus rapprochés et la possibilité de « sortir » du sentier plus facilement. S’attaquer directement au GR R2 en autonomie complète sans connaître l’île est un défi réservé aux trekkeurs les plus aguerris et préparés. Comme le résume un professionnel du terrain :

Le GR R1 permet de valider son matériel et sa condition physique avec un filet de sécurité. Réserver le GR R2 en autonomie à une deuxième expérience.

– Guide local BMR Trek, La Grande Traversée de la Réunion

Ce choix final est le vôtre, mais il doit être fait en toute connaissance de cause. Prenez le temps de relire les caractéristiques de chaque GR pour évaluer honnêtement quel parcours correspond le mieux à votre niveau d’expérience.

Vous avez maintenant toutes les cartes en main pour comprendre que la réussite de votre trek à La Réunion ne tient pas à la chance, mais à une préparation lucide et méticuleuse. En maîtrisant les contraintes de l’hiver austral et en choisissant un itinéraire adapté à votre niveau, vous vous donnez les moyens de vivre une aventure inoubliable. Maintenant que la stratégie est claire, l’étape suivante consiste à transformer ce plan en réalité en traçant votre itinéraire détaillé, jour par jour.

Rédigé par Mickaël Grondin, Guide de Haute Montagne diplômé d'État et spécialiste du trail à La Réunion. 15 ans d'expérience dans l'accompagnement de randonneurs sur les sentiers techniques et volcaniques de l'île. Finisher de la Diagonale des Fous.