Publié le 16 mai 2024

Penser que Cilaos est réservé aux randonneurs experts est une erreur qui vous prive de son âme véritable.

  • Le cirque a été fondé sur le bien-être (thermes) et non sur l’exploit sportif.
  • Ses trésors se découvrent par les sens : le goût (vin, lentilles), la vue (architecture) et le toucher (artisanat).

Recommandation : Ralentissez le rythme. L’expérience la plus mémorable est de vous connecter à son histoire et à ses savoir-faire, en transformant chaque visite en un moment de ressourcement.

Bienvenue à Cilaos, ce joyau niché au cœur des montagnes de La Réunion. Son nom seul évoque des images de sentiers vertigineux et de sommets mythiques comme le Piton des Neiges. Beaucoup pensent, à tort, que pour « mériter » Cilaos, il faut être un marcheur aguerri, prêt à avaler des heures de dénivelé. Pourtant, cette vision est réductrice. Le cirque n’est pas qu’un terrain de jeu pour sportifs ; c’est avant tout un havre de paix, un lieu chargé d’histoire dont l’âme se révèle à ceux qui prennent le temps de l’écouter, de le sentir et de le goûter. Pour les familles, les couples en quête de tranquillité ou simplement ceux dont le corps réclame de la douceur, Cilaos offre une multitude de trésors accessibles.

L’erreur commune est de chercher à « faire » Cilaos, à cocher une liste d’exploits. Mais si la véritable clé était de « vivre » Cilaos ? Ce guide propose une approche différente : un tourisme de ressourcement. Oubliez la performance. Ici, nous allons parler de l’héritage thermal qui a fondé le village, des saveurs uniques nées d’un terroir volcanique, de la quiétude d’un après-midi au bord de l’eau et de la beauté d’un savoir-faire ancestral. Idéalement, prévoyez deux à trois jours pour vous imprégner de l’atmosphère, surtout pendant la saison sèche (l’hiver austral, de mai à octobre), mais même une journée bien pensée peut suffire. Cet article est votre feuille de route pour une immersion sensorielle, pour découvrir que la plus grande richesse de Cilaos ne se trouve pas toujours au bout d’un sentier escarpé, mais souvent juste sous vos yeux.

Cet article est structuré pour vous guider pas à pas dans cette découverte douce de Cilaos. Chaque section explore une facette du cirque qui ne demande pas plus de deux heures de marche, mais qui promet une connexion profonde avec son identité unique. Vous découvrirez son histoire, ses saveurs, ses paysages apaisants et ses traditions précieuses.

Pourquoi les anciens venaient-ils prendre les eaux à Cilaos au 19ème siècle ?

Avant d’être une Mecque de la randonnée, Cilaos était une destination de santé, un lieu de « ressourcement » au sens premier du terme. Sa réputation s’est construite non pas sur ses pitons, mais sur ses sources thermales. La découverte de ces eaux bienfaisantes remonte à 1815, lorsque le chasseur Paulin Técher les trouva par hasard. Très vite, la nouvelle se répandit, et dès 1835, les premiers curistes affluèrent, cherchant un remède à leurs maux.

Il faut imaginer l’expédition que représentait alors un séjour à Cilaos. Il n’y avait pas de route, seulement des sentiers périlleux. Comme le rappellent les archives historiques, l’accès était une épreuve en soi. Les « malades » les plus fortunés s’y rendaient en chaise à porteurs, un voyage long et éprouvant qui soulignait la valeur qu’ils accordaient à ces eaux. Voici ce que décrivent les témoignages de l’époque :

Les premiers curistes accèdent aux thermes à pied, à cheval ou en chaise à porteurs en empruntant un sentier rustique, étroit et vertigineux.

– Archives historiques de Cilaos, Carte de La Réunion – Les anciens Thermes de Cilaos

Cette quête de guérison, et non de performance, est l’acte fondateur de Cilaos. Les gens ne montaient pas pour conquérir une montagne, mais pour soigner leur corps et apaiser leur esprit. Le premier établissement thermal, construit en 1839, était rudimentaire, mais il symbolisait cette nouvelle vocation. Comprendre cette histoire, c’est changer de perspective : Cilaos n’est pas un défi à relever, mais une invitation à prendre soin de soi, une tradition qui perdure aujourd’hui dans les thermes modernes.

Lentilles et vin de Cilaos : où acheter directement aux producteurs ?

L’expérience sensorielle de Cilaos est indissociable de son terroir. Deux trésors en sont les emblèmes : la lentille et le vin. Cultiver sur ces pentes abruptes est un art, et les agriculteurs d’ici sont de véritables gardiens du terroir. La lentille de Cilaos, petite, blonde et savoureuse, est si unique qu’elle bénéficie d’une Appellation d’Origine Protégée (AOP). Elle est le fruit d’un savoir-faire transmis de génération en génération.

Le vin, quant à lui, est une curiosité et une fierté. Le vignoble de Cilaos, cultivé entre 600 et 1300 mètres d’altitude sur une terre volcanique, est l’un des plus hauts de France. Depuis 2004, ses vins (rouge, rosé, blanc) bénéficient de l’appellation « Vin de Pays », ce qui en fait les seuls vins français produits dans l’hémisphère sud. Mais où trouver ces pépites à la source ?

Pour acheter directement aux producteurs, il faut ouvrir l’œil. En vous promenant sur les routes du cirque, notamment vers les hameaux de Bras-Sec ou Ilet à Cordes, vous apercevrez des panneaux « Lentilles en vente ici » ou « Vente directe ». N’hésitez pas à vous arrêter. C’est l’occasion d’un échange authentique, d’acheter un produit d’une fraîcheur incomparable et de soutenir l’économie locale. Pour le vin, le point de ralliement est le Chai de Cilaos, en centre-ville. Cette coopérative rassemble la production de nombreux vignerons. Vous pourrez y déguster avant d’acheter et en apprendre davantage sur les cépages locaux. C’est le meilleur moyen de ramener un souvenir qui a le vrai goût du cirque.

Pédalo sur la Mare à Joncs : est-ce une activité sûre pour les tout-petits ?

Au cœur de Cilaos, à quelques pas du centre-ville, se trouve un havre de paix parfait pour les familles et ceux qui cherchent une activité de pure détente : la Mare à Joncs. Oubliez l’effort ; ici, le maître-mot est « farniente ». Faire du pédalo ou un tour en petite embarcation électrique sur cet étang tranquille est une manière idyllique de profiter du paysage sans la moindre fatigue. Mais est-ce vraiment adapté aux plus jeunes enfants ? La réponse est un grand oui, à condition de suivre quelques conseils de bon sens.

L’environnement de la Mare à Joncs est pensé pour l’accueil des familles. Les berges sont aménagées avec des zones d’ombre, des aires de pique-nique et quelques restaurants sympathiques. L’eau est calme, sans courant, ce qui rend la navigation particulièrement sûre. Le cadre, avec les remparts du cirque en toile de fond, est tout simplement magique. C’est l’activité idéale pour occuper un après-midi, laisser les enfants s’émerveiller et les parents se reposer. L’endroit est si paisible qu’il invite naturellement à ralentir le rythme et à savourer l’instant présent. Pour que l’expérience soit parfaite avec des tout-petits, une petite organisation s’impose.

Votre plan d’action pour la Mare à Joncs en famille

  1. Vérifier la disponibilité : Assurez-vous que le loueur d’embarcations dispose bien de gilets de sauvetage adaptés à la taille et au poids des moins de 3 ans.
  2. Choisir le bon créneau : Privilégiez le matin (entre 9h et 11h) ou la fin d’après-midi pour éviter le soleil de zénith, qui peut être intense en altitude.
  3. Faire un repérage : Un petit tour à pied autour de la mare (qui fait environ 2 hectares) vous permettra de repérer les meilleures zones ombragées pour une pause ou un pique-nique.
  4. Préparer le pique-nique : Profitez des nombreuses aires aménagées. C’est une solution simple et économique qui plaît toujours aux enfants.
  5. Adopter l’état d’esprit local : Comme le disent les habitants, l’endroit appelle à la détente. Ne prévoyez rien d’autre, profitez simplement de la sérénité du lieu.

En suivant ces quelques points, vous pouvez vous assurer une sortie en toute sécurité et vous remémorer les clés d'une sortie réussie en famille.

L’erreur de commander du vin « Isabelle » si vous n’aimez pas le goût de raisin framboise

Déguster le vin de Cilaos fait partie du folklore local. C’est une expérience unique. Cependant, pour l’apprécier à sa juste valeur, il faut connaître une subtilité qui peut surprendre les palais non avertis. À côté des vins issus de cépages nobles (Pinot Noir, Malbec, Chenin) qui ont permis d’obtenir l’appellation « Vin de Pays », subsiste une tradition plus ancienne : le vin fabriqué à partir du cépage Isabelle.

L’Isabelle est un cépage hybride (Vitis Labrusca) qui a longtemps été le pilier du vignoble réunionnais. Il est très résistant, mais il donne un vin aux arômes très particuliers, souvent décrits comme « foxés ». Concrètement, attendez-vous à un goût puissant et surprenant de raisin-framboise, voire de cassis. C’est un vin léger, souvent servi frais, qui accompagnait traditionnellement les caris. On l’aime ou on le déteste, mais il ne laisse personne indifférent !

L’erreur classique du visiteur est de commander un « vin de Cilaos » dans un petit snack ou chez l’habitant sans plus de précision, et de se voir servir ce vin Isabelle. Si vous êtes habitué aux vins métropolitains, le choc peut être rude. Ce n’est pas un mauvais vin, c’est simplement un autre produit, un vin de table traditionnel qui n’entre pas dans l’appellation « Vin de Pays ». Pour éviter la surprise, si vous cherchez les vins plus « classiques » du Chai de Cilaos, demandez spécifiquement un vin de l’appellation. Si, au contraire, vous êtes curieux et aventureux, alors osez l’Isabelle : c’est une véritable plongée dans le Cilaos d’antan.

Thermes de Cilaos : quels soins réserver pour récupérer après la route ?

Après les virages de la RN5, votre corps, et surtout votre dos, aspirent à une chose : la détente. Quoi de mieux que de renouer avec la vocation originelle de Cilaos en vous offrant un soin aux thermes ? L’établissement moderne, Irénée Accot, exploite les mêmes sources qui attiraient les curistes du 19ème siècle. Ces eaux sont naturellement chaudes, avec une température variant de 31 à 37°C, et possèdent des propriétés reconnues.

Les thermes utilisent deux sources distinctes. La source Irénée, riche en minéraux, est utilisée pour les soins externes (bains, douches) et est particulièrement recommandée pour soulager les rhumatismes et les problèmes articulaires. C’est exactement ce qu’il vous faut après avoir été crispé sur votre volant ! La source Véronique, quant à elle, est utilisée en cure de boisson pour ses bienfaits sur les troubles digestifs et métaboliques.

Pour une récupération « post-route des 400 virages », un protocole simple et efficace s’impose. La première chose à savoir est qu’il faut réserver impérativement à l’avance, surtout durant les vacances scolaires, car les places sont limitées. Une fois sur place, commencez par un bain hydromassant. Les jets d’eau chaude ciblés vont dénouer une à une les tensions accumulées dans le dos et les jambes. Poursuivez avec un enveloppement d’algues ou de boue thermale. Allongé et bien au chaud, votre corps se relâche complètement, favorisant une relaxation profonde. C’est le duo parfait pour effacer la fatigue du voyage et vous mettre dans les meilleures conditions pour profiter du cirque.

Case Tomi ou Case Sarda : comment reconnaître l’époque de construction ?

Se promener dans les rues de Cilaos, c’est comme feuilleter un livre d’histoire de l’architecture créole. Loin de l’agitation des sentiers, une balade tranquille dans le centre-ville révèle un patrimoine bâti d’une grande richesse. Pour l’œil attentif, les maisons racontent l’évolution du cirque. On distingue principalement deux grands styles de cases traditionnelles : la « Case Tomi » et la « Case Sarda ». Savoir les différencier transforme une simple promenade en une passionnante chasse au trésor architecturale.

Façade d'une case créole traditionnelle avec varangue, lambrequins et jardin tropical à Cilaos

La Case Tomi représente le style le plus ancien. Ce sont des constructions plus modestes, souvent de plain-pied. Voici comment les reconnaître :

  • Bardage en bois : Les murs sont recouverts de bardeaux de bois posés à l’horizontale.
  • Lambrequins simples : Les frises décoratives en bois qui bordent le toit (les lambrequins) sont jolies mais généralement assez sobres dans leurs motifs.
  • Structure au sol : La maison est construite directement au niveau du sol ou sur de petites roches.

La Case Sarda, plus récente, témoigne d’une plus grande prospérité. Elle est souvent plus imposante et plus travaillée. Vous la repérerez grâce à :

  • Sous-bassement en pierre : La maison est surélevée sur un soubassement en pierres volcaniques, ce qui la protège de l’humidité.
  • Varangue plus grande : La varangue (la terrasse couverte à l’avant) est plus spacieuse, devenant une véritable pièce de vie.
  • Lambrequins ouvragés : Les décorations en bois sont beaucoup plus complexes et détaillées, véritables dentelles de bois.

En flânant sur la rue principale et dans les ruelles adjacentes, prenez le temps d’observer ces détails. Les plus beaux exemples sont souvent entourés de magnifiques jardins fleuris, une autre caractéristique du savoir-vivre créole. Cette observation silencieuse est une activité en soi, une connexion douce à l’âme et à l’histoire de Cilaos.

À retenir

  • Cilaos est historiquement un lieu de cure thermale, ce qui en fait la destination idéale pour un tourisme de bien-être.
  • Le terroir unique du cirque se déguste à travers ses lentilles AOP et son vin, le seul de l’hémisphère sud à porter une appellation française.
  • La valeur de l’artisanat local, comme les « Jours de Cilaos », réside dans les centaines d’heures de travail minutieux, transformant chaque pièce en œuvre d’art.

Jours de Cilaos : pourquoi un napperon coûte-t-il le prix d’une œuvre d’art ?

En visitant la Maison de la Broderie ou les quelques boutiques d’artisanat de Cilaos, une chose frappe : le prix des « Jours de Cilaos ». Un petit napperon peut coûter plusieurs centaines d’euros, et une nappe peut atteindre des milliers. On peut légitimement se demander pourquoi. La réponse est simple mais vertigineuse : le temps. La valeur de ces pièces ne réside pas dans le fil et le tissu, mais dans les centaines, voire milliers d’heures de travail d’une précision inouïe.

Cet art de la broderie à jours, introduit à Cilaos au début du 20ème siècle par Angèle Mac-Auliffe, est un héritage vivant d’une complexité rare. Contrairement à la broderie classique qui ajoute du fil sur un tissu, les « Jours » consistent à tirer des fils du tissu lui-même pour créer des vides, puis à rebroder sur les fils restants pour former des motifs d’une finesse aérienne. C’est un travail de patience et de concentration extrêmes. Pour donner une idée de l’ampleur de la tâche, la Maison de la Broderie de Cilaos estime qu’il faut jusqu’à 14 mois de travail pour une nappe et trois mois pour un simple jeté de table.

Le détail est encore plus parlant. Comme le souligne la Ville de Cilaos, l’échelle du travail est microscopique. Cette citation met en perspective le coût de chaque pièce :

Un seul de ces motifs, dans un carré de 5 cm X 5 cm représente pour une brodeuse confirmée, un jour entier de travail.

– Maison de la Broderie de Cilaos, Ville de Cilaos – Site officiel

Ainsi, acheter un « Jour de Cilaos », ce n’est pas acheter un simple souvenir. C’est acquérir une œuvre d’art, un morceau du patrimoine réunionnais, et surtout, c’est reconnaître et soutenir un savoir-faire exceptionnel qui demande un dévouement total. Observer les brodeuses à l’œuvre à la Maison de la Broderie est une expérience hypnotique qui justifie à elle seule la valeur de chaque création.

Monter à Cilaos : comment conduire sur la RN5 sans surchauffer vos freins à la descente ?

Le voyage vers Cilaos fait partie intégrante de l’expérience. La fameuse RN5, surnommée la « route aux 400 virages », est une prouesse d’ingénierie datant de 1927, construite pour désenclaver le cirque. Longue d’environ 35 km depuis Saint-Louis, elle serpente à flanc de falaise et demande une conduite attentive. Si la montée sollicite le moteur, c’est surtout la descente qui met les freins à rude épreuve. Beaucoup de conducteurs non habitués commettent l’erreur de ne compter que sur la pédale de frein, risquant la surchauffe et une perte d’efficacité très dangereuse.

La clé pour une descente en toute sérénité est d’utiliser le frein moteur. C’est votre meilleur allié. Cela consiste à utiliser la résistance du moteur pour ralentir le véhicule, soulageant ainsi les plaquettes et les disques de frein. La méthode varie selon votre type de voiture :

  • En boîte manuelle : Oubliez la 4ème ou la 5ème vitesse. Rétrogradez et restez en 2ème, voire en 3ème dans les portions moins abruptes. Le moteur va gronder un peu, c’est normal. Vous ne devriez utiliser la pédale de frein que par intermittence, pour ajuster votre vitesse avant un virage serré.
  • En boîte automatique : Ne restez pas en mode « D » (Drive). La plupart des boîtes automatiques modernes ont un mode « L » (Low), « B » (Brake) ou des palettes au volant qui permettent de forcer un rapport inférieur. Engagez ce mode pour que la voiture utilise le frein moteur.

Une autre astuce de conduite contemplative est de ne pas être pressé. La route offre des points de vue spectaculaires. Prévoyez un ou deux arrêts aux belvédères aménagés. Non seulement vous profiterez du paysage, mais vous laisserez aussi le temps à vos freins de refroidir. Enfin, respectez la coutume locale : klaxonnez à l’approche des virages sans visibilité. Ce n’est pas un signe d’agressivité, mais une mesure de sécurité partagée par tous. Une voiture bien préparée, idéalement une location avec une bonne motorisation, rendra le trajet encore plus agréable.

En adoptant cette approche douce et curieuse, votre séjour à Cilaos se transformera en une véritable immersion. L’étape suivante est simple : laissez de côté la course à la performance et commencez à planifier votre itinéraire sensoriel dans le cirque le plus secret de La Réunion.

Rédigé par Marie-Alice Payet, Anthropologue sociale et médiatrice culturelle réunionnaise. 20 ans de recherches sur le patrimoine immatériel, la gastronomie créole et le vivre-ensemble religieux.